vendredi 17 octobre 2014

Cette maladie dont on parle si peu...

Aujourd'hui j'aimerais aborder un sujet plutôt épineux, vous donner mon avis puisque ça me concerne, et en même temps dissiper pas mal de malentendus sur la question. Je vais essayer d'être claire mais je ne dis en aucun cas que je vais parler en tant que grande spécialiste.

Selon wikipédia : Le trouble bipolaire, ou trouble maniaco-dépressif1, est un diagnostic psychiatrique décrivant une catégorie de troubles de l’humeurdéfinie par la fluctuation anormale de l’humeur, oscillant entre des périodes d'élévation de l'humeur ou d'irritabilité (manie ou dans sa forme moins sévère d'hypomanie), des périodes de dépression et des périodes d'humeur normale (euthymie).



En général, quand je dis que je suis bipolaire, on me dit ha oui tu es lunatique ! Je vois totalement ce que c'est ! 
La bipolarité est une maladie, tandis qu'être lunatique est un trait de caractère, ce sont deux choses bien distinctes. On peut très bien être lunatique et ne pas être bipolaire.
Quelqu'un de lunatique changera de comportement d'un jour sur l'autre, tandis que le bipolaire aura des changements d'humeur, mais beaucoup plus profond, et qui seront caractérisés par des phases plus ou moins longues, des semaines, des mois parfois des années. 

Les causes de la bipolarité peuvent être multiples, et tirent le plus souvent leur source de l'histoire de la personne, de son passé ou d'un événement choc qui a perturbé ou bouleversé la vie. 

J'ai fait ma première crise lors d'un stage Bafa que je n'ai pas obtenu. Parler de la construction d'une personne, de son éducation, d'où elle vient et ses racines m'a totalement bouleversé, surtout qu'il y avait une fille également adoptée qui avait eu la chance de retrouver sa famille biologique, voeux le plus cher dans ma vie. Ça m'a totalement retourné de parler de comment j'avais été élevé, de ce que j'avais reçu, de comment j'abordais l'enfance. Résultat j'ai commencé à avoir un comportement très bizarre, j'ai changé du tout au tout en une semaine. Au début du stage j'allais vraiment beaucoup vers les autres, je parlais à tout le monde, et à la fin je ne pouvais même plus manger si quelqu'un me regardait. Je fumais comme un pompier, je buvais café sur café, je restais tard toute seule, je n'avais plus aucun sens de l'orientation et j'ai perdu beaucoup d'affaires et cassé beaucoup de choses. 
Au final, j'ai même eu des hallucinations, et j'ai été interné par ma mère dès que j'ai eu fini ce stage chaotique. J'ai d'abord été interné chez les enfants car j'étais mineure et ils ont estimé que j'avais la maturité pour aller chez les adultes. J'en fais encore des cauchemars parfois. 


J'ai fait ma seconde crise un an après la première. J'avais 18 ans. Cela faisait 10 mois que j'étais avec un garçon, et ça n'allait plus très bien, ça sentait la fin et je devais partir faire mes études à Nancy. Comme on peut s'en douter, il a utilisé le prétexte de la distance pour me dire qu'il fallait que ça s'arrête là. Et il m'a laissé comme ça, j'étais loin de ma famille, je ne rentrais qu'aux vacances d'octobre, on était début septembre, je n'avais personne pour me soutenir. Je suis sortie pour me changer les idées du coup, j'allais aux musées, au resto, mais aussi en boîte et dans des bars pas très recommandables. Je rencontrais du monde, mais pas des personnes de confiance, des coups d'un soir, des gens de passage. Et puis j'ai fait des choses totalement inconsidérées, dont je n'ose même pas parler ici tellement j'en ai honte. Bref, dure période, ma maman est venue me chercher d'Orléans à Nancy, m'a trouvé sur une grande place, toute seule, dans un état totalement second, avec l'aide de la police. 
J'ai été hospitalisé de mon propre chef cette fois-ci, parce que je sentais bien que j'allais mal, que j'avais besoin d'être remise sur les rails, et j'avais cruellement besoin qu'on s'occupe de moi. Qu'on me chouchoute, qu'on me bichonne. J'avais perdu 15 kilos en un mois, je rentrais dans du 14 ans, moi qui faisait d'habitude une taille 42. J'étais dans un sale état, et pourtant je me trouvais bien toute maigre, je trouvais ça jolie. Je crois que c'est depuis ce moment aussi que je rechigne à perdre des kilos parce que ça me rappellera trop cette époque de ma vie. 

Au final, je ne regrette pas du tout d'être allée en hôpital psychiatrique, je sais que ça m'a beaucoup aidé, et surtout que j'en avais besoin. C'est déjà grand de le reconnaître. 

Il y a beaucoup de préjugés sur cette maladie. 
Par exemple, beaucoup croient que ce n'est pas une maladie, pas une vraie maladie. Ou bien que c'est une maladie de chochotte pour les gens qui s'inventent des vies et qui s'ennuient de la leur. Ou une maladie de riche.
C'est une maladie due à une mauvaise chimie dans le cerveau, un mauvais échange qui se fait et qui dérègle des choses à l'intérieur. C'est vraiment une maladie, il y a des médicaments à prendre tous les jours jusqu'à la fin de notre vie.  Ils ne peuvent pas guérir, parce qu'on sait qu'on sera toujours malade, mais ils peuvent prévenir les crises, pour qu'on intervienne avant le burn out. Ils peuvent aussi shooter beaucoup. A l'hôpital c'est ce que les médecins te donnent en premier pour ne pas que tu te rendes comptes de l'endroit où tu es. J'étais totalement perdue, je planais à dix mille, et j'essayais d'ouvrir toutes les portes. Il y avait des patients qui m'induisaient en erreur en plus en me disant qu'il y avait des gens qui m'attendaient quelque part. C'était affreux, je me sentais piégée et emprisonnée. Depuis je sais vraiment ce que c'est la liberté et j'en profite.


On pense aussi que c'est une maladie qui va passer, juste comme un grippe, une passade. Ça ira mieux demain les gens pensent. Mais non ça ne va pas demain, pas forcément. On peut avoir des jours où on ne peut pas se lever, simplement parce que ça va mal , et que ça nous atteint physiquement. La douleur n'est pas seulement mentale, elle est également physique. Ce n'est pas un caprice, loin de là , on aimerait pouvoir être vaillant, mais il y a des jours où on ne peut pas faire autrement.
On a juste des stades où ça va mieux, pas forcément bien mais mieux. Et on sait que c'est une maladie qui nous suivra tout au long de notre vie, c'est ce qui rend la chose difficile, le fait d'accepter et de se dire que l'on ne guérira jamais. On peut juste vivre mieux avec.

La bipolarité a aussi un aspect centre du monde. Les bipolaires ont besoin d'affection, d'attention, leur vie entière est un spectacle. C'est parfois cool pour nous mais ça peut être vite soulant pour notre entourage, qui peut se lasser de nos frasques diverses...

Le taux de suicide est extrêmement élevé chez les bipolaires, de 10 à 15%. C'est alarmant, et c'est pour cela qu'il faut toujours avoir un oeil sur une personne bipolaire, ne jamais la laisser seule et souvent lui demander comment elle va, de parler d'elle etc...
J'ai eu des envies de suicide, j'ai frôlé la tentative à plusieurs reprises. Mais il y a toujours un petit quelque chose qui m'a arrêté, qui m'a fait me dire, peut-être que la vie me réserve de bonnes surprises et que je ne suis pas si nulle que ça.

J'espère ne pas vous avoir trop barbé avec cet article, mais il était important pour moi de l'écrire. J'espère également qu'il vous aura intéressé...

14 commentaires:

  1. Ton témoignage est très touchant... Je m'étais intéressée à cette maladie pendant quelque temps...
    C'est vrai que le taux de suicide est très important et il ne faut pas hésiter à en parler si ça ne va pas... <3 Ne reste jamais seule !
    Courage !

    Signé: Calouette qui passe par là pendant ses pauses :)

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  2. J'ai pleuré en lisant cet article, je ne sais pas ce qui m'arrive en ce moment, j'ai peur de devenir folle, j'ai peur de ces mots "dépression" "maniaco-dépressif", "bipolaire", moi aussi avant je pensais que c'était pas grand-chose, pas grave, des fausses maladies! Et maintenant je découvre qu'une part de moi est faite de ça. Tu as la "chance" d'être diagnostiquée, ce qui est déjà bien pour être bien suivie. Je suis sûre, enfin j'espère, qu'on peut être heureuse et avoir une belle vie même avec ça, mais j'aimerais tellement redevenir "normale" ...

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    1. je ne sais pas si ça va mieux depuis ce commentaire, j'espère de tout coeur, sinon tu peux toujours m'envoyer un mail dans la rubrique contact.
      Oui être bipolaire fait déjà une différence, mais de là à dire qu'on est anormale je ne sais pas :s

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  3. Merci pour ce témoignage très poignant, merci beaucoup. C'est vrai que personnellement, je ne sais pas grand chose de cette maladie. L'ex de monsieur Bulle a été diagnostiquée bipolaire après une tentative de suicide qu'elle a faite quand ils se sont séparés (pas à cause de moi, je précise même si on s'en fout), monsieur Bulle en était très contrarié et moi, quelque part, j'avais mal pour elle. Je n'ai jamais cherché à approfondir mes connaissances sur la bipolarité par peur sans doute mais ton article me permet d'y voir un peu plus clair, de mieux comprendre.

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  4. Merci pour ton témoignage très touchant qui m'a fait venir les larmes aux yeux... Et bravo pour ton courage et ton endurance dans cette maladie cruelle. Je pense à toi... Gros bisous !

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    1. ça me touche de toucher les gens :) merci !!

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  5. Je te dis un grand bravo pour ton témoignage, ça m'a touché ! Je suis admirative de ton courage face à cette maladie qui n'est sûrement pas facile à vivre ! J'espère pour toi que tu seras toujours entouré de bonnes personnes pour d'aider et te soutenir dans les moments difficiles !
    Tu dois avoir beaucoup de force en toi pour surmonter tout ça, chapeau ! :)
    Bises

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    1. J'imagine que je suis très courageuse oui ... merci ça me fait plaisir que tu me dises tout ça ! oui je suis bien entourée alors ça va !

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  6. J'ai envie de te serrer dans mes bras. Voilà ce que lire ton article a eu comme effet sur moi. Rien de plus à ajouter, courage.

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  7. Même si la bipolarité est une maladie et relève de la psychiatrie, as-tu déjà essayé des techniques telles que l'hypnose/PNL/EMDR qui pourraient peut-être agir un peu sur te bipolarité ?

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    1. j'y ai déjà pensé, mais c'est comme la sophrologie, j'ai peur de partir trop loin, de me mettre à pleurer et de me vider littéralement de tout.

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